samedi 29 mars 2014

Verlag Friedrich Pustet








Jolie découverte à la bibliothèque où je travaille, cette magnifique collection vient d'entrer en don.

samedi 15 mars 2014

Chronique - Étoile Naiant, patten (Warp)


Bienvenue en Angleterre. On pourrait commencer ainsi n'importe quel article sur à peu près n'importe quel disque Warp, tant il y a une spécificité toute britannique dans l'électronica qui jaillit de ce geyser brumeux. Au travers des disques de Warp se dessine un paysage mental résolument moderne et figé dans le temps à la fois, entre l'urbanisme le plus déshumanisé et froid des quartiers d'affaires, la morne grisaille de cités minières où le chômage règne et les campagnes bucoliques où rodent mille esprits. La musique de Warp est celle d’un postmodernisme hanté, à la fois abstrait et plein d’images familières. Estoile Naiant accomplit, dans ce contexte, un grand écart périlleux. Il renoue avec les racines les plus profondes de Warp, celles qui innervent Boards of Canada et les premiers Autechre, mais a aussi très clairement en ligne de mire les orientations les plus récentes du label. Et l’auditeur d’entendre passer, dans cet album, des échos troublants du récent R plus Seven de Oneohtrix Point Never, comme si Estoile Naiant était directement branché sur les sources sonores de l’époque.

 Ce grand écart donne une musique triturée, torturée, trafiquée et passée dans et sur toutes sortes de bandes, de machines, de plugins, et qui a plutôt l'air d'être un drôle d'organisme vivant, en perpétuelle régénération. patten a parfaitement intégré l'essence et la singularité de cette musique devenue toile de fond de son temps. Comme à l'écoute d'un Autechre ou d'un bon vieux Bogdan Raczynski, l’auditeur ressent encore cette sensation embryonnaire de renaître au son d'une musique hypnagogique et universelle, d'être un peu comme un Tarzan élevé par des robots.

Premier album sur Warp de ce mystérieux producteur, déjà fort de deux opus brillants parus sur l'excellent Kaleidoscope, son propre label de cassettes (à qui l'on doit d'avoir sorti des trucs des géniaux Sculpture, Karen Gwyer ou Orphan). Estoile Naiant propose un panel de nappes à la fois flottantes et denses, des enchevêtrements compliqués par sacs de vingt kilos et des sons de boîtes à rythmes à couper au couteau. L’atmosphère est toute boardsofcanadesque (Gold arc, Key embedded qui en pompe carrément une nappe), mais plus londonienne et moins ancrée dans le pastoral autistique et sans la démarche hiphop. Comme la musique d’Actress et le récent Ghettoville, Estoile Naiant est symptomatique du déferlement d'informations propre à la grande ville. A une musique d'endormis un peu geeks, patten préfère une production de matheux rigoriste à la Dan Snaith lorsqu’il enregistre sous son pseudo Daphni, plus club (d'échecs ou de danse) que nécessairement chillout.

La musique de patten dessine un monde travaillé à l'ordi que l'on aurait retravaillé à la main, « un nuage de vecteurs se combinant les uns aux autres » comme le dit l’intéressé, à l'image des très belles pochettes qui ornent ses disques (Sketching the Tesseract notamment). Ses morceaux sont des mélanges de vieilles et de nouvelles textures, comme des aplats de bandes VHS passées où s'entremêlent toutes sortes de motifs et de perspective : le minéral, le pariétal, le zodiacal, le médieval ou encore l’architectural. Si la musique de patten évoque tant Boards of Canada, Aphex Twin, voire My Bloody Valentine (un titre comme Here always à tout à voir avec les déluges glacés et sophistiqués de Loveless) tout en regardant du côté de chez Ghost Box (Roj, The Focus Group), c’est parce qu’elle puise à la source de memorabilia musicaux presque incunables la sève qui nous fait regarder à la fois vers l’avenir et le passé. Nous faire accomplir ce petit voyage paradoxal dans l’histoire récente de la musique n’est pas le moindre mérite de la musique de patten.

Parue sur le site musique de Chronicart, mars 2014.

Chronique - La nuit est là, de Bertrand Burgalat

 

Un album-live est rarement la chose la plus excitante du monde. Quand bien même cela concerne des artistes que l'on chérit. Applaudissements, pains divers, son approximatif, présentation des musiciens, rappel… Cela a son charme mais également son lot d'imperfections navrantes. Dans le cas d’un personnage aussi dandy que Burgalat, c’est même paradoxal. Il est préférable d'avoir vu l'acte joué en vrai et puis c'est tout. L'enregistrement noie l'énergie, la magie de l'instant et des gestes, rendant cette immortalisation du moment à l'état de simple archive matérielle, banale et fantomatique. Il arrive parfois qu'un album-live aille au-delà de l'anecdotique pur, et devienne un témoignage ému et bouleversant de versions à pleurer de morceaux sublimes. Ce fut le cas pour le fameux Bertrand meets A.S. Dragon de 2001 qui rendait justice à la grâce, l'énergie cosmique psyché-prog des moments forts d'une tournée mondiale étincelante, au temps béni de l'âge d'or de Tricatel.

Bertrand Burgalat était alors à l'apogée de ses ambitions scéniques en matière de fusion soul-disco-pop planantes, ses Dragons en délivraient la quintessence, « de la musique de rêve » solaire et électrique. C’était une bande de jeunes poulains fougueux qui dynamitaient ce qui se faisait de « rock en France », durant une période qui fut assez trouble en la matière. Il apparut d'ailleurs ensuite que bon nombre de minets franco-français leur furent largement redevables. Il est même probable qu’un tel orchestre – véritable écurie motownienne – eût pu goûter à un succès différent outre-Manche, similaire à celui d'un Franz Ferdinand par exemple, s'il avait été anglais.


Treize ans plus tard, l'intérêt de sortir un nouveau disque compilant des enregistrements de différents concerts, avec deux formations différentes, est plus incertain. Il n'y a plus guère d'enjeu – plus d’enjeux d’époque en tous cas – juste le plaisir de jouer entre amis, et on a le sentiment d'écouter un disque ronflant de petits vieux. Burgalat nous invite dans son salon, mais il faut chausser ses patins et faire bien attention au parquet ciré. Le patron de Tricatel, qui peine depuis toujours à accroître son audience, arrive souvent à décevoir même ses fans les plus acharnés en proposant des choses presque douteuses, ou qui font effet de pur remplissage (de compilation, de catalogue, d'émission TV...).  C’est un peu le cas avec ce nouveau live qui n'apporte pas grand-chose. Pourtant La nuit est là, titre mignon peut-être, mais qu'il n'est enfin pas allé chercher bien loin, avec sa pochette luxueuse façon galerie d’art contemporain et ses noms prestigieux écrits en gros, semblerait volontiers nous faire croire à un peu plus que ce qu’il est vraiment. Evidemment, un disque qui avance masqué de la sorte n’est pas un disque ami.

Alors après, bien sûr, ça balance pas mal. Les chansons de B.B., richement produites en studio, sont parfaitement adaptées à la scène. Il y a ces parties de synthés toutes sucrées, ce sens du groove imparable, les trémolos dans la voix aussi désuets que charmants. Certains des morceaux les plus faibles des derniers albums y gagnent réellement. C'est le cas du très valéryen Bardot's Dance ou de l'insignifiant Survêt' vert et mauve (le summum de vulgarité droitière sur Toutes directions) qui deviennent de véritables machines endiablées en live. Surtout quand la plantureuse Blandine Rinkel vient se déhancher dessus pour notre plus grand bonheur, mais ça, ça ne s'entend pas sur le disque. Il y a aussi de très belles fulgurances au piano, les reprises The Rubens Room du méconnu et pourtant génial King of Luxembourg, et Snow, même si n'est pas Claudine Longet qui veut.


Mais les meilleurs moments, c'est au New Morning, qu'ils ont lieu. Les Toulousains d'Aquaserge, chemise de bûcheron ouverte, savent décidément fort bien transformer l'essai. Les structures des chansons sont revisitées avec brio, comme sur cette version quasi afro-beat de Ma rencontre et sa fin tortueuse. Les pièces en bois précieux d'Anonyme Amour (écrite par le meilleur journaliste sportif d'RMC Sport) sont passées à la tronçonneuse pour faire le meilleur bois de chauffe de l'hiver. On regrettera juste que cette collaboration n'ait pas donné lieu à un Bertrand meets Aquaserge, et ce ne sont pas des featurings de Winston McAnuff qui nous consoleront. Enfin, le répertoire de Burgalat n'est pas composé que d'aspirations à faire danser, quelques perles délicates comme Sous les colombes de granit (probablement sa meilleure chanson), Aux cyclades électronique ou Réveil en voiture sont tellement bien écrites que n'importe quel appareil ne pourrait leur porter préjudice. Alors, si l’objet a un intérêt relativement limité, il a tout de même pour lui quelques beaux atouts, dont celui de rappeler, avec une mélancolie en sourdine, la grandeur passée et future du roi Tricatel.


Parue sur le site musique de Chronicart, le 13 mars 2014.

Et non je ne suis pas morte !


mardi 16 avril 2013

Labrouste

Pauvre blog négligé, me voici de retour ! Ces derniers mois ont été bien occupés mais je vais essayer d'entretenir un peu plus ce pré carré dans les temps à venir. L'hiver dernier, j'ai pu voir les expositions parisiennes consacrées à deux maîtres de l'architecture du XIXe, celle sur Victor Baltard à Orsay, dont j'essaierai de consacrer un article sur ses somptueuses Halles, et celle sur Henri Labrouste à la Cité de l'Architecture.
Labrouste (1801-1875) est l'architecte de la Bibliothèque Sainte-Geneviève et de la Bibliothèque Nationale (rue de Richelieu), à Paris. Les immenses salles de ces deux temples de la connaissance sont remarquables pour la singularité de leurs ornements et l'importance accordée aux matériaux nouveaux (le fer et la fonte).
 
 

 Ci-dessus, clichés de la Sainte-Geneviève.
Ci-dessous, la Bibliothèque Nationale, rue de Richelieu.




La rotonde au XIXe siècle. 
Actuellement la B.N. est en travaux et la rotonde a été percée pour y construire une nouvelle entrée accessible aux handicapés.
C'est bien dommage, encore une fois, on défigure la France au nom des accès !  

 
L'intérieur de la rotonde en travaux. 
Ci-dessous, vues de trois différentes salles de la B.N. en travaux.